mardi 21 novembre 2006

L’Inde, l'eldorado pour les producteurs français ?


Selon des sources industrielles, le marché indien du vin est en passe de devenir un des plus importants au monde, avec 667.000 caisses soit environ 6 millions de litres (en 2004), et il est particulièrement prometteur pour l'avenir (http://www.viti-net.fr). Le potentiel de son marché intérieur est très élevé et connaît un développement rapide (environ 15 à 20 % de croissance selon la mission économique de New Dehli). Le marché local du vin est en plein développement avec la création de « wine centers » (grandes surfaces dédiées aux vins), le lancement d’appels d’offres pour proposer des vins français dans les duty-frees indiens et dans les plus grandes villes, des clubs de vins ont été créés.. La perception du vin en Inde a changé :"Si vous regardez les films de Bollywood, les actrices ont des verres de vins à la main. Donc, oui la perception a vraiment changé», observe Rajeev Samant, un producteur local qui vient d'ouvrir le premier bar à vin indien (http://www.rfi.fr/actufr/articles).

Ce développement doit être mis en parallèle avec la croissance de la classe moyenne en Inde. En 2005, le NCAER (National Council for Applied Economic Research, http://www.ncaer.org/) estime à 16 millions le nombre de personnes (gagnant plus de 600 euros par mois) ayant accès à un certain confort de vie et à 350 millions le nombre de personnes ayant accès à plusieurs biens de consommation (voiture, réfrigérateur..). Les projections du NCAER prévoient que la classe des consommateurs en Inde pourrait représenter 580 millions de personnes en 2010. Même si elles sont très optimistes, les prévisions du NCAER permettent de se rendre compte du potentiel du marché indien.

Au niveau de l'industrie locale, qui domine le marché et connait une croissance de 20 à 30% depuis trois ans, il existe plusieurs acteurs importants comme Sula Vineyards installé à Nashik, État du Maharashtra, Château Indage, installé au sud du Maharashtra depuis 1986 et Groover situé à Bangalore, dans le Karnataka depuis 1992. Les importations indiennes en vin sont encore très réduites et représentent un peu plus d’un cinquième du marché intérieur avec 12 000 hectolitres (étude Onivins réalisée en mai 2006: http://www.onivins.fr/). Les groupes français sont bien positionnés, bénéficient d'une bonne image auprès des consommateurs locaux et représentent, en volume 40% des importations et 60 % en valeur (selon la mission économique de New Delhi) alors que la France n’est que – tous secteurs confondus- le 15 ème fournisseur de l’Inde avec 1,8 Mds d’euros.

Toutefois le marché indien comporte deux principales barrières. Les taxes pour les vins importés sont encore élevées : entre 150% et 250% et la vente de vin étranger dans certains Etats est interdite. L’Union Européenne compte déposer plainte contre l’Inde à l’OMC pour « obtenir la modification de régimes douaniers et de distribution qui bloquent l'accès du vaste marché potentiel indien aux producteurs européens de vins et de spiritueux », a indiqué le 10/11/06 un responsable communautaire (http://www.afp.com/). Bruxelles dénonce aussi la situation particulière de l'Etat fédéré du Tamil Nadu, où seuls les vins et spiritueux d'origine indienne peuvent être commercialisés dans les magasins (http://www.terre-net.fr). Le commissaire européen au Commerce (Peter Mandelson), s'est rendu ce week-end en Inde pour tenter de résoudre le différend et éviter de porter plainte contre l'Inde à l'OMC. Cette action fait suite à une plainte déposée par la Confédération européenne des producteurs de spiritueux (CEPS) et le Comité Européen des Entreprises Vins (CEEV).

Selon l’auteur Michel Testard (L’appel de l’Inde, édition 2006 chez Village Mondial) les entreprises françaises possèdent une fenêtre d’opportunité de 10 à 15 ans en Inde à condition de bien connaître les contraintes du marché indien. Les producteurs français malgré les difficultés du marché ont réussi à prendre une position de leader sur les importations indiennes de vins et doivent profiter de cette avance pour développer leur part de marché face à la concurrence locale et mondiale.

Le potentiel lucratif de l’Inde n’a pas échappé à Vijay Mallya, le roi indien multimillionnaire de la bière Kingfisher, à la tête de la United Breweries, le troisième producteur mondial de bières et spiritueux. Après avoir racheté la maison Boubet Ladubay, il souhaiterait acquérir les champagnes Taittinger, avec pour objectif de faire embouteiller les spiritueux en Inde.

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8 commentaires:

Blogger Sandra Nguyen a dit...

je remets le lien de Pierre sur l'UE et l'Inde

Euronews:
http://www.euronews.net/create_html.php?page=europa&article=391129&lng=2

21 novembre 2006 à 21:29:00 UTC+1  
Blogger Sandra Nguyen a dit...

ou sinon voir le commentaire dans l'édito...

21 novembre 2006 à 21:31:00 UTC+1  
Blogger Christophe Brasseur a dit...

Très intéressant.

Voir aussi mon article sur l'Inde présent sur mon blog et sur Agoravox : http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=14687

22 novembre 2006 à 10:09:00 UTC+1  
Blogger Vincent Hallade a dit...

Merci pour votre commentaire Christophe. J'ai aussi lu votre article sur L'Inde qui m'a permis d'observer un autre apect de la montée en puissance de l'Inde. Si L'Inde ovus intéresse je vous recommande le livre de Michel Testard : L'appel de l'Inde (aux éditions Village Mondial).

22 novembre 2006 à 18:37:00 UTC+1  
Anonymous Louis de G. a dit...

Articles concis et clairs. 580 millions de consommateurs, c'est évidemment alléchant pour un secteur en crise; il ne reste plus qu'à convaincre les Indiens que notre vin est (parait-il) le meilleur au monde. A ce titre, mi-novembre, une délégation indienne, accompagnée du secrétaire adjoint au Ministère des Industries agroalimentaires indien, sera reçue par la CCI de Reims et d'Epernay, pour nouer des contacts français. Pendant que la main invisible s'affaire, la main bruxelloise arrache. Et là-bas, ça plante à gogo. Bref. Passons. A propos : à quand un "Château Latour-Mittal" dans le Maharashtra ?

22 novembre 2006 à 19:19:00 UTC+1  
Anonymous François Grisoni a dit...

Article très intéressant Vincent. Je souhaiterais juste rajouter que l´Inde a une culture viticole millénaire. Les Portugais et Britaniques ont produit du vin à Goa, dans le Cashemire et dans le Maharashtra. Ce savoir-faire sera progressivement perdu, et lors de l´indépendance en 1947, le vignoble avait disparu.

Aujourd'hui c'est le retour en force, avec des actions marketing agressives, assez loin des traditions viticoles françaises (mis à part le délicieux "Beaujolais nouveau"...)

Bon courage pour votre blog

François
www.googlinside.com

23 novembre 2006 à 11:34:00 UTC+1  
Blogger Vincent Hallade a dit...

Louis, pour répondre à votre dernière question, plusieurs groupes français ont déja monté des partenariats avec des producteurs indiens : Piper-Heidsiek s’est allié au groupe indien Indage (qui produit un vin mousseux, “Marquise de Pompadour”), Veuve Cliquot a travaillé avec Grover pour produire un vin de “qualité française”, Moët-Hennessy a implanté une filiale en Inde, Mais ce ne sont pas les seuls. Des concurrents du nouveau monde ont aussi développé des partenariats tels que Gallo et BRL Hardy (source http://www.viti-net.fr).

23 novembre 2006 à 13:42:00 UTC+1  
Anonymous Anonyme a dit...

Ton article est bien renseigné et laisse entrevoir un grand potentiel de développement du marché du vin en Inde avec un marché de 580 Millions de futurs consommateurs.
Mais, je ne crains que cela prenne pas mal de temps avant que l'industrie du vin français puisse passer à travers des barrières commerciales érigées par les différents états fédéraux. Et même si c'était le cas, malgré leur influence sur la société, il ne suffit pas que des acteurs de bollywoods consomment du vin pour changer les habitudes de consommation des indiens.
N'oublions pas que la consommation d'alcools est condamnée par la morale religieuse.

23 novembre 2006 à 13:46:00 UTC+1  

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